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5Saint-Honoré
7Junot

6. Italie, réel 1

mars 1969

Place d’Italie
Réel
Un

2 avril 1969
17 h 45
(au lieu du vendredi 28.III)1

Café « Le Canon », sur le segment compris entre le boulevard Blanqui et la rue Bobillot.

Sauf du sommet d’un immeuble, il n’y a pas d’endroit d’où l’on puisse voir la place dans sa totalité d’une façon satisfaisante.

Je peux remarquer, dans l’ordre :

Une colonne Morris dont la couronne est marquée « Dubonnet » annonçant les concerts publics de l’ORTF pour le mois d’avril :

Quatre annonces de concert :

Berlioz, L’Enfance du Christ

L’Orchestre de Paris, direction Serge Baudo, soliste A. Weissenberg

Richter

Récital Benedetti Michelangeli

Des affiches, incomplètes pour moi, de théâtre :

Daniel Gélin

Mathurins : Pour Karin 2 ?

Théâtre municipal ? Le meilleur est le roi  3 ?

Une affiche de cinéma que je reconnais : Funny Girl  4.

À l’extrémité du terre-plein du boulevard Blanqui, un arrêt provisoire d’autobus (du 67). Un monument commémoratif portant un buste en bas-relief.

Un café qui serait en quelque sorte mon homologue sur l’autre côté du boulevard. Puis un pâtissier-glacier

La colonne et la masse des arbres (bien que non encore feuillus) me cachent la majeure partie de la place jusqu’à la mairie.

Sur le rond-point central des petits arbres ou arbustes verts.

À côté de la sortie Bobillot du métro, l’éventaire à toile bleue marquée « France-Soir » d’un marchand de journaux (occulté par un car jaune et bleu dont ce semble ici le terminus, mais qui repart bientôt par la rue Bobillot).

Puis par des autobus qui se succèdent : 67, 67, 57.

Un rideau de nylon jauni imitant une dentelle laide me masque à peu près toute la portion de la place de la rue Bobillot à l’avenue d’Italie.

Il fait très clair. Il y a beaucoup de gens dans les rues mais peu dans le café (terrasse couverte).

Je suis en A. Il y a un consommateur en B et 2 vieilles Russes (ou Polonaises, Serbes ou Roumaines) qui se lamentent en C ; puis une jeune fille qui arrive et s’installe en D5.

Au comptoir, plus de monde. Un tilt Big Chief où personne ne joue6.

Bordant le rond-point central, de courtes palissades alternativement blanches et rouges, signes hypothétiques de travaux que je ne vois pas.

Une haute grue orange tourne du côté de l’avenue de Choisy.

À 18 h 15 une voiture de police pimponne et enfile à vive allure la rue Bobillot.

De nombreux camions jaunes des « P et T » portant publicité pour un emprunt à 3,5 %.

Une dame en bleu a, pour quelques instants, attaché un gros chien poilu à queue retroussée (genre chien d’esquimau, mais brun) à un arbre maigrichon juste en face de moi (sans doute pour aller acheter quelque chose à la charcuterie qui jouxte le café à ma droite).

Un vieux moniteur de l’« Auto-École Blanqui » charge une impétrante et sa compagne au coin du boulevard et de la place.

 

 

 

Ticket de café joint au texte 6.

NOTES

1 C’est le premier retard dans son calendrier contraint noté par Perec. Beaucoup d’autres vont suivre.

2 Pour Karine, pièce d’Arieh Chen.

3 Aucune pièce de ce titre (ou d’un titre approchant) ne semble exister.

4 Film musical de William Wyler, sorti en France en janvier 1969.

5 Cette légende du croquis semble s’inspirer de la pratique de Stendhal dans Vie de Henry Brulard, texte que Perec connaissait bien, notamment cité aux chapitres lvii et lxxvi de La Vie mode d’emploi (il possédait dans sa bibliothèque le volume d’Œuvres intimes de la Pléiade où il se trouve, comme en atteste son catalogue – disponible sur le site de l’Association Georges Perec : http://www.associationgeorgesperec.fr). Voir également les textes 63, 73 et 107.

6 Pour « tilt », voir texte 5, n. 12.

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