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23Junot
25Italie

26. Assomption, souvenir 2

janvier 1970

Lieux
Janvier Mil Neuf Cent Soixante-dix
Assomption
Souvenir1

Au 8 vivait Smith. Peut-être s’appelait-il Jean. C’était un garçon assez petit, la figure ronde. Il ressemblait à un écolier anglais ; d’ailleurs son nom était anglais, son père était anglais. Je suis allé chez lui, une fois, guère plus, nous avons joué au Monopoly sur un Monopoly anglais (le nom des rues, des avenues, des gares etc. se trouvant donc être des noms de rues, d’avenues, de gares londoniennes) – je pourrais reprocher au Monopoly français de m’avoir donné mes premières idées fausses sur la topographie de Paris, de m’avoir fait croire que la rue de Paradis, la rue Lecourbe, le boulevard de Courcelles ou Malesherbes étaient, pouvaient être, des endroits dignes d’intérêt – et même j’ai longtemps cru (et je pense que beaucoup de gens aussi, et même qu’ils le croient encore) que l’avenue des Champs-Élysées était réellement le centre de Paris.

Avec Smith et Michel, nous jouions « aux singes » dans une cour un peu terrain vague non loin de la petite place Rodin. Les « Singes » venaient de ce que l’un de nos endroits favoris était une courette fermée par des barreaux suffisamment espacés pour que nous puissions nous y enfermer (la faute de frappe qui m’a fait écrire « enfemmer » précise quelque peu quelques-uns des caractères de ces jeux2, mais je n’en ai qu’un souvenir confus : nous avions dix ans – 1946 – et c’est seulement 2 ans plus tard – au cours de l’année scolaire 1948-1949 –, alors que j’étais à Claude-Bernard en quatrième, que j’ai été initié, par un nommé – je crois – Michon, à la masturbation).

Smith est sans doute allé à Janson (comme Michel R[igout])3 et je ne l’ai pour ainsi dire plus revu.

Au 16, vivaient les Jaulin. J’ai été scout (éclaireur) avec eux pendant un certain temps (pas très longtemps). Plus tard, je les rencontrais de temps en temps, genre ça va ça va ; dans mon esprit, ils faisaient Polytechnique ou quelque chose comme ça. Robert, que je connaissais peu, est devenu ethnologue ; j’ai beaucoup parlé avec lui lors d’une fête rue du Bac l’année dernière (très exactement le samedi 25 janvier ainsi que me l’apprend mon agenda4) ; le second, Bernard5, que je connaissais un peu plus, est mathématicien, ami de Roubaud (chez qui je l’ai d’abord revu) et, par Roubaud, patron de Pierre6. Je l’ai vu avant-hier7, lors d’une ultime fête donnée rue du Bac (et dont un décompte grossier8 des amis venus est donné en annexe, avec le vague projet de vérifier si, dans douze ans, je saurais encore donner des visages à ces noms, voire même identifier ceux qu’aujourd’hui je nomme d’un seul prénom ou d’une initiale – je trouve cette démarche extrêmement pessimiste, bien que rien de particulier, sinon peut-être le projet tout entier d’enfermer des souvenirs pendant douze ans, ne me pousse au pessimisme).

Au 18, dans la même maison que moi, au même étage, je crois, vivait un garçon de mon âge, gâté, joufflu, laid et con. Il puait le fric. Pendant quelque temps, on tendit entre nos fenêtres (séparées par la cour intérieure de l’immeuble) une corde double qui nous permettait de nous envoyer des messages. Une fois, on est allés ensemble au cinéma. Nous avions prétexté d’aller voir un dessin animé ; en fait, nous voulions aller voir Les Enfants du Paradis, film non interdit aux moins de seize ans, mais paraît-il cochon comme tout (on y voyait une femme à poil) – il n’y avait, paraît-il, qu’un seul film plus cochon que Les Enfants du Paradis : il s’appelait Le Bateau à soupe, mais celui-là était interdit9 ; j’ignore d’où nous venaient ces informations, mais il est sûr que pendant plusieurs années j’ai rêvé d’aller voir Le Bateau à soupe, dont le seul titre était pour moi évocateur de visions lubriques, peut-être par contamination avec une expression apprise, vers la même époque, dans un dictionnaire d’argot, et qui était « tremper la soupe » (dont j’ai oublié le sens, quelque effort que je fasse maintenant pour le ressusciter)10 ; de même, quand j’ai vu Les Enfants du Paradis (plusieurs années plus tard, car ce jour-là, nous n’avions pas trouvé le cinéma), je l’ai vu avec la sensation sournoise (diffuse) de lever un interdit, d’accéder à quelque chose de vraiment « pour adultes » (et peut-être secrètement déçu de n’y voir qu’un corsage une seconde entrouvert).

Au 54 vivait Rigout. Ses parents y vivent toujours, jadis pauvres ouvriers, aujourd’hui je suppose petits bourgeois. Les vieux grands-parents qui possédaient trois ou quatre vieux immeubles croulants dans Paris ont dû mourir et les parents Rigout hériter – ce qui, même en dépit de la vétusté des locaux, doit suffire à rassurer leurs vieux jours (nageant depuis deux mois dans des affaires immobilières11, je ne vois pas pourquoi je m’apitoierais sur cette famille : le grand-père était un vieux salaud – du genre, en plus petit, de celui qui m’a vendu la rue de Seine –, le père un con, le fils aussi : conscients d’être exploités – le père, le fils – et systématiquement anticommunistes, gueulant contre le chômage – réel –, la misère – réelle –, les patrons, et ne rêvant que d’être artisans, à leur compte, patrons à leur tour).

Michel était un bon élève. Il souffrait d’être pauvre. Il était d’une susceptibilité rare sur le plan de l’argent. Il fumait (quand il s’est mis à fumer) des cigarettes chères, genre Balto ou High Life ou Naja, ou, pour des brunes, genre Favorites, au lieu de fumer des Gauloises, ou des Élégantes, ou des Parisiennes12. Il se mettait avec un soin excessif et laid : chemises, cravate, costume. Il n’avait aucune décontraction, aucun sens de l’humour, aucune liberté, aucune distance vis-à-vis de lui-même, aucun sens critique ; aucune autre issue que de s’élever dans l’échelle sociale (grâce – je suppose – à la mort du grand-père plus que par son propre mérite) ; après avoir été un brillant élève (finissant en maths élem13, un an avant moi), il est devenu un médiocre étudiant, faisant vaguement des maths, puis vaguement du droit. Aux dernières nouvelles, qui remontent à 65, il travaillait dans un truc genre IBM (je trouverais sans doute sa lettre en classant tous mes papiers en vrac depuis cette époque)14.

Cette nomenclature d’amis d’enfance met en évidence un caractère particulier de la rue de l’Assomption ; c’est, pourrait-on dire, son aspect « pair » : tous mes amis vivaient sur le côté droit de la rue. Je ne me souviens pas être entré dans une maison du côté gauche, sinon, une fois, en vain, il y a quelques mois, dans l’immeuble où vécut un temps Duvignaud, et, mais ce n’est pas une maison, pas une habitation, dans la galerie « Allenby » (ou « Allendy » ?)15 où je vis des toiles monochromes (bleues ?) d’Yves Klein (quelques années plus tard, je vis, vers la rue de Seine – peut-être rue Jacques-Callot, peut-être étais-je là avec les Yougoslaves16 – une exposition qui me ravit : c’était des micro-tableaux, à peu près de la taille d’une boîte d’allumettes, ou d’un timbre-poste, et parmi eux, précisément, un minuscule bleu de Klein – ceci dit, en fin de compte, tous ces types me font chier).

Y a-t-il des événements particuliers auxquels soit mêlée la rue de l’Assomption ? Comme tant d’autres lieux, il y eut plusieurs rues de l’Assomption : celle de l’enfance (je m’égare en allant chercher du pain, la photo deL[ili] en robe de coquillages pour aller à un bal masqué-déguisé en « rue Coquillière », la photo de moi sur le balcon – fumant une fausse cigarette ou plus exactement une vraie non allumée17 –, je sers de barman à une surprise-party donnée par L[ili], je tapisse ma chambre de paquets de Gitanes, je fais du cosy18 un bar, je fauche les livres érotiques de Lamblin père dissimulés au sommet de mon cagibi19, ma période de mobiles faits de pelotes de laine et d’antennes arrachées aux véhicules automobiles, Marie-Claire) ; la période L.G. : la réunion de L.G. dans la salle à manger. Jean-Pierre Sergent pisse dans mon lavabo ; il m’apprend que les tricots de corps que je porte sont cons et que les tee-shirts sont in. Jeannette. Crubellier vit un temps dans une des chambres de bonne d’Esther. Quand il revient de Passy, descendant la rue Raynouard, les feux de la tour Eiffel lui rappellent la roue Ferris du Volcan. Nous marchons la moitié de la nuit en parlant du Consul20.

1960 : je vis, pendant quatre ou cinq mois, rue de l’Assomption avec P[aulette]. Découvertes. Anniversaire fêté en mangeant sur un banc, près des Ternes, après qu’elle a donné une leçon. Nous allons voir North by Northwest 21.

 

Aventures des meubles. Histoire de trois tables22

J’ai eu trois tables. La première, dit-on, me venait de mon père. Quand nous avons quitté la rue de l’Assomption pour la rue de Quatrefages, nous l’avons donnée aux Lederer, qui s’installaient rue Vercingétorix. Elle y est toujours, avec sa rallonge de fortune.

Pour la rue de Quatrefages, nous avons acheté au marché aux puces une belle table de ferme, longue et étroite, qui s’est avérée (l’humidité ? le mauvais soin ? de s’en être servi pour taper à la machine ?) branlante. Il aurait fallu faire venir un menuisier. Cela nous effrayait, c’était le genre de choses que nous ne faisions précisément jamais. Quand nous avons quitté la rue de Quatrefages pour aller rue du Bac, nous avons vendu cette table à Marie-Noëlle Thibault qui s’installait rue du Temple. Elle l’a fait re-cheviller. Elle y est toujours, plus branlante du tout (pas Marie-Noëlle, la table) mais elle va bientôt partir (Marie-Noëlle et la table aussi, je suppose) dans un petit hôtel particulier quelque part dans le dix-neuvième ou le vingtième.

Pour la rue du Bac, nous avons acheté, chez un antiquaire de la rue d’Assas, une table ronde, rabattable, avec un pied en forme de lyre. C’est une table qui a toujours tremblé. Ce n’est même pas une question de chevilles, mais quasiment de structure. Ce n’est pas une table solide.

Quand nous avons quitté la rue du Bac pour nous en aller chacun de notre côté, aucun de nous n’avait vraiment envie de cette table et nous l’avons expédiée à Druyes-les-Belles-Fontaines23, avec une armoire, un tapis. Pas les chaises, nous les avons données ; et pas le pupitre, nous l’avons vendu au premier de nos ultimes invités ; c’est une actrice ; elle vit près de la République24.

*

Lieux
Addendum (à joindre au 1. 70)
Note sur les circonstances des douze réels 6925

J’essaye de voir si de tels souvenirs (contrôlables parce qu’ayant été à l’occasion de descriptions) ont pu se graver suffisamment pour qu’aidé de la seule table des permutations, je puisse ici les évoquer avec un minimum de précision.

Janvier Mabillon : j’y suis allé en sortant du labo. Vincent26 m’a déposé rue de Buci. Il devait [être] 6-7 heures du soir. Je suis allé dans trois cafés (au « Diderot » – id est au « Saint-Claude » – en dernier) ; du premier, j’ai vu D. K. qui passait27.

Février Vilin : j’y suis allé en fin d’après-midi. J’avais rendez-vous ensuite à Châtelet (au « Zeyer » ?) avec P[aulette] et Michèle Chérif pour aller dîner chez P[ierre] [et] D[enise] G[etzler]28.

Mars Italie : j’y suis allé un peu à la sauvette, un soir. Un seul café. Je ne me souviens plus de ce que j’ai fait après.

Avril Saint-Louis : simplement en regardant par la fenêtre, le matin, avant d’aller au labo.

Mai Choiseul : je venais de faire une interview pour la télé avec R[oger] Grenier et Villechenoux en banlieue (Levallois ?). Il y avait un métro direct Levallois-Quatre-Septembre. Ensuite29 ?

Juin Contrescarpe : j’avais l’intention d’y passer la nuit. Une première fois je n’ai pas tenu, ayant rencontré H[enry] G[autier] puis dîné avec lui au « Balzar » puis suis allé dormir à Yerres30.

Juillet Assomption : j’ai pris le métro jusqu’à Muette ? J’ai négligé la portion supérieure ? Arrêt dans un café au coin Mozart-Assomption, puis descendu la rue. Ensuite ? Il se peut qu’il y ait eu une interview à l’ORTF sur le livre de Go. Heure : début de l’après-midi.

Août Saint-Honoré : un matin ; très pressé. Je venais de chez S[uzanne] que j’ai retrouvée à 11 h à Saint-Lazare pour venir au Moulin.

Septembre Jussieu : un matin : arrêt à Maubert au lieu d’aller au labo. J’avais une sacrée g. de b.31 Puis labo.

Octobre Franklin : un soir, venant du labo (ou des L. N. ?) vers 8 ou 9 puis allé chez les Bén[abou] (avec qui dîner, non à « La Coupole » bondée – dont Martens – mais au « Balzar »)32.

Novembre Gaîté : en fait le 1er ou 2 décembre, venant de Saint-Lazare (voyage avec S[uzanne]), dans la soirée (19 h), puis traîné et vu Dieu que la guerre est jolie ! dans un cinéma (« Arlequin ») de la rue de Rennes ; puis couché tôt, ayant lu un Lucky Luke.

Décembre : le 30 à 14 h 30 par moins quatre, venant de la rue de Seine. Puis chez J[acques] R[oubaud] puis chez David33 puis au Moulin.

 

 

 

Liste d’invités jointe au texte 26.

[Liste d’invités à la dépendaison de crémaillère]34

Mercredi 28 janvier 1970 de 19 h à 4 h du matin. Dépendaison
de crémaillère, 92 rue du Bac

Henri Lefebvre
Nicole [Beaurain]
Olivier [Lebeaut]
Marcel B[énabou]
Isabelle [Bénabou]
Le roussélien
Catherine ?
Pierre Getz[ler]
Marcel Cuvelier
Jacques L[ederer]
Mireille L[ederer]
J[ean] Grobla
J[ean]-C[laude] Hémery
Madame Hémery
Christian Bourgois
Barbara [Keseljevic]
Sa collègue
[Georges] Condo[minas]
Bernard Condominas
J[ean]-P[aul] Rappeneau
Bruno Marcenac
Élis[abeth] Catroux
M[arie]-N[oëlle] Thib[ault]
Alexandre [Bilous]
J[ean] Duv[ignaud]
Anne Duv[ignaud]
[Henry] Gautier
[Jacques] Perriault
Christ[iane] Icart
B[ernard] Jaulin
Dolores J[aulin]
J[acques] Maho
Madame Maho
Romain W[eingarten]
M[aurice] Roche
Madame Roche
Brésilien poète
Brésilienne
[Jean-Yves] Pouilloux
Alain Guérin
Sylvia Roubaud
[Michel] Martens
Monique M[artens]
[Ginette] Horcholle[-Bossavit]
[Alain] Bossavit
Suzon [Suzanne Lipinska]
Christine [Lipinska]
Maurice [Pons]
Michèle [Georges]
[Régis] Henrion
Marie N[oël]
Anne Bellec
[François] Marthouret
Nour[Eddine Mechri]
[Abd-el-Kader] Zghal
[Monique] Aufredou
Vincent [Jean]
Madame Vincent
Voisine [du dessus]
Voisine [du dessous] Schaub
Ami de Monique Martens
Amie de Michel Martens
Stéphanie Malan
Pierre Bourgeade
Sœur de Roger [Kleman]
Roger [Kleman]
Amie de Roger [Kleman]
Gisèle Huisman
Agnès Carp
Sophie Zuber
Leur amie
Marc Pierret
Elizabeth Mangolte
[Pierre] Lusson
Madame Lusson
Xavier
Bianca [Lamblin]
Bernard [Lamblin]
Collègue de P[aulette]
Mygdalia
Tahar
Sa copine
Philippe Drogoz
Paulette Lordereau
Indien (?)
Indienne (?)
[Jean] Michaud-Mailland
Michel (ami de Marie Noël) [Mailland]
Paulette
Moi
NOTES

1 Ce texte n’est ni daté ni localisé par Perec. Mais un élément permet de conjecturer en datation interne le 30 janvier 1970 (voir infra, n. 7).

2 Le tapuscrit ne comporte pourtant ni faute de frappe ni trace de correction à cet endroit ; Perec fait peut-être ici allusion à un tapuscrit ou début de tapuscrit antérieur.

3 Janson : le lycée Janson-de-Sailly, non loin de la rue de l’Assomption (Perec, quant à lui, est allé au lycée Claude-Bernard après l’école primaire, comme il l’a précisé plus haut).

4 Robert Jaulin, effectivement ethnologue, est l’auteur de La Mort Sara. L’ordre de la vie ou la pensée de la mort au Tchad, Paris, Plon, 1967. L’agenda de Perec pour l’année 1969 mentionne simplement, en date du samedi 25 janvier : « Fête » (FGP 25, 15 r°).

5 Voir le texte 3, n. 18.

6 Bernard Jaulin, effectivement mathématicien et ami de Jacques Roubaud, avait engagé le beau-frère de ce dernier, Pierre Getzler, au Centre de mathématique appliquée et de calcul de la Maison des sciences de l’homme comme documentaliste-bibliographe.

7 Cette fête ayant eu lieu le 28 janvier 1970, cela permet donc de dater ce texte du 30.

8 La liste d’invités qui figure en annexe de ce texte n’est peut-être donc pas une préparation préalable à l’événement et accompagnant ce « souvenir » tel un document (comme un ticket de café par exemple), mais un exercice de mémoire postérieur ; d’où son caractère de « décompte grossier », c’est-à-dire incomplet (Sylvia Lamblin-Richardson, petite-cousine de Perec, se souvient par exemple qu’elle s’y trouvait, quoique ne figurant pas sur cette liste). Pour une autre interprétation, voir le chapeau introductif de ce texte 26 (« décompte grossier » pouvant alors s’interpréter comme résultat du fait que certains étaient venus sans être invités quand d’autres, invités, n’étaient pas venus).

9 Les Enfants du paradis : film de Marcel Carné (1945). Le Bateau à soupe : film de Maurice Gleize (1946) – il ne semble pas que ce film ait été interdit, même si le dévoilement d’un sein y fut jugé audacieux – mais aussi symbole d’une liberté retrouvée après les années de censure vichyssoise.

10 « Je me souviens que pendant plusieurs années, l’expression la plus sale que je connaissais était “tremper la soupe” ; je l’avais vue dans un dictionnaire d’argot que j’avais lu en cachette. Je n’ai jamais entendu personne l’employer et je ne suis plus très sûr de ce qu’elle voulait dire (sans doute un équivalent de “faire feuille de rose”) » (JMS, n° 28, p. 803). Selon certains dictionnaires d’argot, l’expression signifie avoir des relations homosexuelles en étant tour à tour actif et passif (tandis que « faire feuille de rose » désigne l’anulinctus) ; mais on peut aussi invoquer une autre pratique homosexuelle (d’ailleurs plus proche du sens propre de cette expression populaire qui désigne le fait de consommer un bouillon après l’avoir versé sur une tranche de pain), celle des « soupeurs » consistant à disposer du pain dans un urinoir public pour ensuite l’ingérer ainsi imbibé.

11 Voir le texte 18, n. 14, et le texte 23, n. 1.

12 « Je me souviens des “High Life” et des “Naja” » (JMS, n° 26, p. 803). À propos des Parisiennes, voir le texte 13, n. 3.

13 Nom de la classe de terminale scientifique, ancêtre de la section S.

14 Dans une lettre du 28 novembre 1965 conservée par Perec, Michel Rigout le félicite pour Les Choses, lui donne de ses nouvelles et lui fait part de son désir de reprendre contact (FGP 82, 24, 1-3). IBM (International Business Machines Corporation) est une société américaine d’informatique bien connue ; à l’époque de ce texte, elle fabriquait surtout des machines à écrire et à calculer.

15 Voir le texte 3 où Perec fait déjà cette confusion. Il s’agit de la galerie Allendy.

16 Voir le texte 5, n. 2.

17 On lit dans la nouvelle « Les lieux d’une fugue » (écrite en 1965 mais qui se réfère à la fugue que Perec date de 1947 dans ce texte – mais de 1947, 48 ou 49 dans le texte 53) : « Plus tard, il s’assit et regarda ce qu’il y avait dans son portefeuille : une carte d’identité scolaire, une carte de métro, une photo de sa cousine à un bal costumé, avec une robe cousue de coquillages, une photo de lui sur le balcon de la rue de l’Assomption » (dans JSN, p. 28).

18 Cosy corner : lit d’angle encastré dans des étagères.

19 Voir le texte 17.

20 Ferris Wheel : grande roue en anglo-américain (du nom de son inventeur). Le Volcan : Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry, livre culte pour Perec et ses amis d’alors (et qui figure par exemple parmi les livres cités implicitement dans La Vie mode d’emploi). Perec écrit à Jacques Lederer dans une lettre du 5 juillet 1958 : « On n’a pas le droit d’être écrivain si on n’a pas lu ce livre” (CPL, p. 300). Le Consul : personnage principal de ce roman.

21 Voir le texte 10, n. 7.

22 Toute la fin de ce texte (comme l’intégralité de Lieux en un sens ou d’autres passages – par exemple l’histoire de Duchat dans le texte 57) peut être rapprochée de ce que Perec appelle, dans « Le rêve et le texte », « un projet autobiographique détourné, entrepris depuis quelque temps déjà et dans lequel je tentais de cerner ma propre histoire, non pas en la racontant à la première personne au singulier, mais au travers de souvenirs organisés thématiquement : par exemple, souvenirs et devenirs de lieux où j’avais vécu, énumération des chambres dans lesquelles j’avais dormi, histoire des objets figurant ou ayant figuré sur ma table de travail, histoire de mes chats et de leur descendance, etc. » (Le Nouvel Observateur, n° 741, 22 janvier 1979 ; repris dans JSN, p. 75-79).

23 Voir le texte 15, n. 5.

24 La formulation de Perec ressemble à une énigme (qu’il se pose peut-être à lui-même pour dans douze ans ; et à résoudre en consultant la liste des « ultimes invités » qui figure en annexe de ce texte – voir ce qu’il dit plus haut de cette liste).

25 Voir les textes 41 et 77 pour d’autres récapitulatifs des douze lieux.

26 Jean Vincent, qui travaillait au laboratoire de neurophysiologie du CHU Saint-Antoine.

27 Voir le texte 2, n. 1.

28 Dans le texte 4 (celui dont il parle ici), Perec mentionne le « Dreher » (qui est effectivement une brasserie de la place du Châtelet) ; le « Zeyer » existe aussi, mais se situe rue d’Alésia. Michèle Chérif : épouse de Hamade Fakoussa, qui avait changé son nom en Mohamed Hédi Chérif, ami tunisien de Perec à la fin des années cinquante, ensuite devenu historien (voir le texte 89). Les deux couples s’étaient retrouvés en Tunisie quand Georges et Paulette y avaient séjourné.

29 Monique Villechenoux, productrice à la radio et à la télévision. Roger Grenier : écrivain, journaliste, homme de radio et de télévision. Il s’agit d’un entretien dans lequel Perec évoque La Disparition (voir le texte 9, n. 2). Levallois : Perec parle ici de la station de métro Pont-de-Levallois-Bécon qui est le terminus de la ligne 3 sur laquelle se trouve aussi la station Quatre-Septembre.

30 Henry Gautier demeurait alors à Yerres, dans l’Essonne.

31 Gueule de bois.

32 Les L. N. : Les Lettres Nouvelles. Perec parle ici du bureau de la revue fondée par Maurice Nadeau, à laquelle il collabora avec des comptes rendus de lecture en 1957 (voir le texte 28) et dont le fondateur fut son premier éditeur (dans sa collection chez Julliard).

33 David Bienenfeld (voir la fin du texte 23).

34 Liste d’invités à la dépendaison de crémaillère

N.B. : sauf exception (certaines épouses par exemple) les notices biobibliographiques qui suivent ne concernent que les personnes non encore mentionnées à ce stade dans le texte de Lieux :

– Nicole [Beaurain] : compagne d’Henri Lefebvre ;

– Olivier : peut-être Olivier Lebeaut, acteur qui joua le rôle de l’alternative dans la mise en scène de L’Augmentation par Marcel Cuvelier, en répétition au moment où se déroula cette fête ;

– le roussélien : d’après Marcel Bénabou, sûrement Harry Mathews, qu’ils venaient alors de connaître ;

– Catherine ? : il ne peut s’agir de Catherine Binet car ce n’est que plus tard en 1970 que Babette Mangolte la présenta à Georges Perec en amenant son amie à Andé – elles travaillaient toutes deux sur le film de Marcel Hanoun, Le Printemps ; il est peu vraisemblable qu’il s’agisse de Catherine Clément (ou Backès), philosophe et femme de lettres qui contribua à Andé à La Disparition (le passage du chapitre 6 consacré à la « philo » – Œ1, p. 303) et dont il serait surprenant que Perec ait oublié le nom (voir son témoignage dans Mémoire, Paris, Flammarion, « Champs biographie », 2010, p. 182) ; selon Marcel Bénabou (pour qui cette liste est prospective), il s’agit de Catherine Bousquet (voir le texte 12, n. 7), amie de ce dernier mais non des Perec, d’où le point d’interrogation portant sur l’opportunité de son invitation ;

– J[ean]-C[laude] Hémery : traducteur, auteur – publié par Maurice Nadeau ; Perec semble avoir été assez proche du couple Hémery, si l’on en juge par ses agendas ;

– Madame Hémery : Martine Valette-Hémery ;

Christian Bourgois : éditeur ; il recommanda de publier La Grande Aventure, qui devint ensuite Les Choses, au succès desquelles il contribua grandement ; il fut aussi, en 1969, l’éditeur du Petit traité invitant à la découverte de l’art subtil du Go, puis dans sa collection « 10/18 » celui des volumes de Cause commune et, après la mort de Perec, de Tentative d’épuisement d’un lieu parisien en volume ; son épouse, Jacqueline de Guitaut, devint une amie proche de Perec après la séparation du couple ;

Barbara [Keseljevic] : auteure, critique et traductrice, qui publia des poèmes dans la revue Change notamment, où Perec publia aussi ; ce fut une amie puis une relation amoureuse de Georges Perec ;

[Georges] Condo[minas] : ethnologue, spécialiste de l’Asie du Sud-Est ; Perec écrivit pour lui le « beau présent » « Anagrammes de Georges Condominas » (repris dans BPBA, p. 49-51 – voir le commentaire qu’en fait Perec lors de la conférence de l’université de Copenhague, « Création et contrainte dans la production littéraire », 29 octobre 1981 ; reprise dans ECTRI, p. 673) ; Perec l’avait rencontré à Andé, amené par l’ethnologue Jean Pouillon, ami de Maurice Pons et du Moulin, devenu aussi celui de Perec ; dans « L’ethnologie mode d’emploi » (CGP 4, p. 69-74), Georges Condominas révèle que Perec et lui eurent un projet à la fois littéraire et photographique de continuation de Lieux dans une perspective ethnographique ;

– Bernard Condominas : fils de Georges Condominas, philosophe et éditeur ;

– Élis[abeth] Catroux : il s’agit sans doute de la future actrice (fille de l’actrice Hélène Duc), alors âgée de seulement 17 ans ;

– Alexandre [Bilous]  : ami de Marie-Noëlle Thibault ;

– [Jacques] Perriault : chargé de recherche au Centre de mathématique appliquée et de calcul de la Maison des sciences de l’homme qui passa commande en 1968 à Perec d’un projet exploitant les potentialités littéraires d’un organigramme – dont Jacques Perriault était l’auteur –, projet qui devait aboutir à L’Augmentation ;

– Christ[iane] Icart : responsable au Centre de documentation sur l’enseignement programmé dont la revue, Enseignement programmé. Les Cahiers de l’Institut national pour la formation des adultes, éditée par Dunod et Hachette, publia en décembre 1968 dans son no 4, p. 45-66, « L’art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation », première version de L’Augmentation ;

– Dolores Jaulin : épouse de Bernard Jaulin, linguiste, notamment très active dans la revue Langage et Société ;

Romain W[eingarten] : poète, dramaturge, auteur notamment de La Mandore en 1973, pièce se déroulant dans un immeuble et auquel Perec rend hommage au chapitre xxx de La Vie mode d’emploi en y faisant figurer précisément cet instrument ;

– M[aurice] Roche : journaliste, compositeur et romancier qui, notamment, fonda en 1968 avec Jacques Roubaud et Jean-Pierre Faye la revue Change (où Perec publia) ; ce fut lui qui, le premier, parla de Perec à Harry Mathews ;

– Brésilien poète ; Brésilienne : personnes non identifiées ;

– Alain Guérin : poète (publié entre autres par Christian Bourgois) et journaliste à L’Humanité, notamment spécialiste d’espionnage ; c’était aussi un joueur de Go et il semble que ce soit dans ce cadre que Perec l’ait rencontré à Andé en 1966, peut-être par l’intermédiaire de Jacques Roubaud ou de Maurice Pons, dont Guérin était un ami ; fin 1967, il participe, avec Perec, Kleman et Roubaud, au catalogue de l’exposition de peintures de Pierre Getzler que Georges et Paulette Perec organisent dans leur appartement de la rue du Bac, et en 1968 fournit un texte pour La Disparition (le « Rapport du consul Alain Gu. Rin » où se devine son nom, dans le chapitre 7 – Œ1, p. 315) ;

– Sylvia Roubaud : épouse de Jacques Roubaud et fille de l’universitaire Paul Bénichou ; traductrice, notamment, de Borges ;

– [Ginette] Horcholle[-Bossavit] : collègue de Perec au laboratoire de neurophysiologie du CHU Saint-Antoine ; voir d’elle « Le laboratoire de neurophysiologie sous la loupe littéraire de Georges Perec », Bulletin de l’Association Georges Perec, n° 67, décembre 2015, p. 16 (disponible sur le site de l’AGP) ;

– [Alain] Bossavit : époux de la précédente et joueur de Go ;

Christine Lipinska : fille de Suzanne Lipinska ; cinéaste et photographe avec qui Perec mena le projet original de La Clôture sur la rue Vilin (La Clôture. Dix-sept poèmes hétérogrammatiques accompagnés de dix-sept photographies de Christine Lipinska, Paris, imprimerie Caniel, 1976) ; elle accompagna plusieurs fois Perec pour photographier certains « réels » de Lieux (voir les textes 42, 44, 46, 48 et 54) ;

Michèle [Georges] : compagne de Maurice Pons, qui travaillait à L’Express ;

[Régis] Henrion : acteur, scénariste, connu par Perec au Moulin d’Andé (une jalousie amoureuse de Perec à son égard s’exprime dans les textes 57 et 63) ; il joua en 1974 dans le film de Bernard Queysanne L’Œil de l’autre, sur un scénario de Noureddine Mechri développé d’après un synopsis de Perec ; la même année, il écrivit aussi en partie le scénario de L’Homme du fleuve, un film de Jean-Pierre Prévost, le compagnon de Christine Lipinska, qui reprenait en partie un scénario auquel avait collaboré Perec, celui de Malédiction !, qui ne fut jamais tourné – voir David Bellos, GPUVDLM, p. 499-501 ; voir aussi Mireille Ribière, « Cinéma : les projets inaboutis de Georges Perec », CGP 9, p. 154-155 ;

Marie N[oël] : Perec mentionne plus bas « ami de Marie Noël », ce qui permet de l’identifier ; professeur à Louviers et familière du Moulin d’Andé qui avait fait faire à ses élèves de seconde des textes lipogrammatiques en « e » dont l’un est peut-être utilisé dans le chapitre 6 de La Disparition – Œ1, p. 302 ; en outre, d’autres copies avaient été conservées par Perec avec le manuscrit du roman et d’autres textes d’amis d’Andé dans le manuscrit dit « du Moulin » offert à Suzanne Lipinska ;

Anne Bellec : actrice et écrivain ; compagne de François Marthouret ;

– [François] Marthouret : acteur de théâtre, cinéma et télévision qui joua en 1967 dans la pièce de Romain Weingarten L’Été, mise en scène au « Théâtre de Poche Montparnasse » par Jean-François Adam, autre ami de Perec rencontré au Moulin d’Andé (voir le texte 51, n. 1) ; dans le graphe de la « Généalogie » amicale (voir le texte 24), Perec établit une filiation Romain [Weingarten] Marthouret ;

– Ami de Monique Martens : Francis Moaty, dont il est question dans le texte 31 et qui est nommé dans le texte 95 ;

Stéphanie Malan : était une amie de Perec, marchande de biens immobiliers ; c’était aussi l’épouse de Pierre Bourgeade ;

– Pierre Bourgeade : romancier, scénariste, producteur et journaliste (qui utilisait également lui-même le pseudonyme Malan) ; il publia dans La Quinzaine littéraire (n° 88, 1er-14 février 1970 ; repris dans ECTRI, p. 167-171) « Qui est-ce ? », un entretien anonyme avec Perec, appartenant à une série (« Entretiens secrets ») rassemblée l’année suivante dans Violoncelle qui résiste (Paris, Éric Losfeld, 1971), livre à la fin duquel l’anonymat est levé ;

Gisèle Huisman : épouse de Denis Huisman, universitaire, auteur de nombreux ouvrages sur la philosophie et d’usuels, président de différentes institutions d’enseignement ; dans le texte 30, Perec le mentionne à l’occasion d’une conférence qu’il fit dans son « école » – peut-être HEC où il était alors maître de conférences – sinon l’EFAP, l’École française des attachés de presse, qu’il avait fondée ;

Agnès Carp : personne non identifiée ; son nom reparaît dans le texte 41 ; c’est très vraisemblablement une amie du couple ou peut-être surtout de Paulette Perec et qui semble liée au milieu du théâtre ou du cinéma – dans son agenda-journal de 1974, Perec la rencontre en date du 10 mars en compagnie de Patrick Lancelot, Roger Blin, et Hermine Karagheuze (FGP 43, 3, 49 v°), puis en date du 2 octobre en compagnie de Jean-Pierre Petrolacci (FGP 43, 3, 156 r°), toutes personnes appartenant à ce milieu ;

– Sophie Zuber : personne non identifiée ;

– leur amie : la logique syntaxique donnerait à comprendre qu’il s’agit d’une amie des deux personnes précédentes, c’est-à-dire d’Agnès Carp et de Sophie Zuber ;

– Marc Pierret : chanteur, écrivain, journaliste, cinéaste, souvent marginal ; il publia en 1968 chez Christian Bourgois un premier roman, Donnant donnant, puis en 1969 l’enquête Utopies et perversions qui fut interdite d’affichage ;

Elizabeth Mangolte : le plus souvent appelée Babette ; sœur de Jacques Mangolte qui avait fait partie de La Ligne Générale ; cinéaste et photographe, elle fut une amie intime du couple Perec ; elle s’installa à New York à partir de 1970 et y devint proche de l’avant-garde de la ville ;

– Xavier : personne non identifiée ;

– Migdalia Castillo de Tascon, médecin d’origine vénézuélienne qui travailla au laboratoire de neurophysiologie du CHU Saint-Antoine à la fin des années soixante où Perec la connut ;

– Tahar : personne non identifiée ;

Paulette Lordereau : conservateur à la Bibliothèque nationale de France, collègue de Paulette Perec et amie de Philippe Drogoz – c’est par elle que Perec le rencontra ;

– Michel (ami de Marie Noël) : Michel Mailland qui est devenu l’époux de Marie Noël (voir plus haut).

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