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120Italie
122Junot

121. Gaîté, souvenir 6

janvier 1975

Lieux
Souvenirs Gaîté
(janvier) 1975

Saint-Dyé-sur-Loire1
9 mars 1975
16 h

Première page du manuscrit du texte 121.

Le métro Gaîté* se trouve au croisement de plusieurs rues : le boulevard Edgar-Quinet, la rue Delambre, la rue du Montparnasse (?), la rue d’Odessa, la rue de la Gaîté2.2

Boulevard Edgar-Quinet il y a un grand quincailler qui vend entre autres du papier peint, des tréteaux, des meubles (les éléments de tubes et de verres des Queysanne par exemple) et mieux, je crois, des Letraset3.

Plus loin des marbriers.

Au coin Edgar-Quinet-Delambre, une pharmacie avec, dans une devanture spéciale, un baromètre à plume (et aussi un hygromètre et un thermomètre).

Des cafés.

Parfois des forains. Je me souviens d’un haltérophile casseur de chaînes d’acier et d’un avaleur de feu avec bonimenteur minable.

Pendant quelques semaines, un été (71 ?), un mini marché aux puces avec des hippies vendeurs d’encens et flûtes.

Rue Delambre : « Le Rosebud », un restaurant japonais (où je ne suis jamais entré), une crêperie, sinon deux ou trois, un libraire d’occasion où j’ai acheté certainement les Contes de Grimm (exemplaire pareil à celui que j’avais dans mon enfance) et peut-être les quatre volumes de Sterne4.

Rue du Montparnasse : rarement prise. Au bout, le bar « Falstaff ».

Rue d’Odessa : tout en bas, un cinéma (aujourd’hui cinq salles) ; au milieu la « Pizza Cotti » (que je considérais comme un « bon » restaurant), un glacier (il y a aussi un glacier rue de la Gaîté).

Rue de la Gaîté :

Restaurants : « Les Mille Colonnes » (que j’appelais « Les Mille Colonies ») ; n’y ai mangé qu’une fois, avec les Drogoz : beurck !

« Les Îles Marquises », coquillages et poissons, très prisé par J[acques] Lederer avec qui j’y ai mangé une fois.

Un couscous. J’y ai mangé avec J[acques] et M[ireille] Lederer et une amie hongroise (fiancée à un cinéaste nommé Istvan Renyi5).

Cafés : « La Belle Polonaise » (« La Belpo ») fréquenté à l’époque de L’Augmentation. Y ai pris plus tard un pot avec P[aulette], J[ean]-F[rançois] A[dam], Weingarten, Dubillard, après la première d’une pièce de Dub[illard] jouée par ? et Jacques Seiler6.

Le petit tabac à côté de la « Gaîté Montparnasse ».

Le café (ils sont même deux, [l’]un jouxtant l’autre en face dans la petite impasse) à côté du « Théâtre Montparnasse Gaston Baty ».

Le tabac presque au bout de la rue.

« Les Mousquetaires », plus loin, avenue du Maine, café favori du père de J[acques] L[ederer] qui y jouait au billard.

Théâtres : Le « Gaîté Montparnasse » : L’Augmentation (y ai-je vu d’autres pièces ?).

Le « Montparnasse Gaston Baty » : le Dubillard déjà cité, le Falstaff (Henri III ou quoi ?) de Planchon7 où j’ai rencontré par hasard Paulette alors amie d’Amor Fezzani.

Cinémas : Au début : passe aujourd’hui les mêmes programmes qu’un cinéma au début du Faubourg-Saint-Antoine, généralement des pornos.

Dans l’impasse : spécialisé dans les vieux westerns et thrillers. Y suis allé souvent.

Au bout : transformé en cinéma d’exclusivité.

Magasins : Une librairie aujourd’hui disparue.

Un magasin de chaussures dont Paulette a rencontré dans le train la gérante. Une espèce de Prisunic fermé depuis longtemps où la mère de J[acques] L[ederer] a été vendeuse pendant quelques mois8.

Vêtements hideux.

Électroménager (plusieurs).

Boulangerie, glacier, marchande de bonbons.

 

 

* J’ai écrit : « le métro Gaîté », mais c’est évidemment le métro Edgar-Quinet. Quant à la rue du Montparnasse c’est bel et bien la rue du Montparnasse.

(Ajouté après avoir regardé un plan de Paris trouvé par hasard.)

NOTES

1975

1975 voit l’abandon définitif (quoique graduel) par Perec du projet de Lieux, déjà prévisible dans les nombreux retards pris aux premiers semestres de 1971 et 1972, dans la mise entre parenthèses de l’année 1973, puis dans le sauvetage de pratiquement tout 1974 en deux mois seulement à la fin de l’année. De nouveau, 1975 (qui, dans le plan général de Lieux est en fait l’année 1974 primitive) commence par de la procrastination, janvier et février étant rattrapés en mars ; l’activité reprend de juin à début septembre pour compléter les blancs du premier semestre (où demeure néanmoins celui du texte 130, sixième « réel » de Franklin qui ne sera jamais écrit) ; mais le 27 septembre, après l’écriture du texte 138, un sixième « réel » de la rue Vilin ironiquement introduit par le relevé d’une inscription murale (« travail = torture »), et alors que le second semestre demeure bien lacunaire, seuls deux textes ayant été écrits, le projet est définitivement abandonné du moins sous sa forme initiale (puisque nombreuses en seront les retombées ou réemplois) – même si, dans le texte 131, dernier « souvenir » de Franklin, la décision a été prise de continuer et même d’ajouter un treizième lieu au dispositif. Les activités de Perec, ces neuf premiers mois de 1975, sont certes nombreuses, mais cependant peut-être un peu moins que les deux années précédentes ; elles concernent essentiellement des projets cinématographiques (écriture des commentaires du Flaubert de Bernard Queysanne – voir le texte 107, n. 7 –, d’un documentaire ethnologique canadien, Ahô ! Les hommes de la forêt, et d’un volet d’une émission de télévision française réalisée par Michel Pamart et Claude Ventura, La Vie filmée des Français), radiophoniques (collaboration continuée avec le Bureau des lectures radiophoniques de l’ORTF, enregistrement d’émissions dont plusieurs entretiens dont il est l’animateur avec Maurice Nadeau ou Jean Duvignaud, Poésie ininterrompue pour France Culture), ou des voyages professionnels (colloque d’écrivains à Ljubljana en Yougoslavie, participation à l’hommage rendu à Queneau par l’Oulipo lors des Europalia de Bruxelles, lecture d’extraits de W ou le souvenir d’enfance pour la radio sarroise à Sarrebruck) ; sur le plan littéraire, Perec s’occupe de la sortie de W ou le souvenir d’enfance, commence la rédaction de La Vie mode d’emploi mais de manière encore peu intensive, et la fin de l’année sera essentiellement consacrée à l’écriture de poèmes hétérogrammatiques (ceux de La Clôture et surtout d’Alphabets) – voir après le texte fantôme 130 le fac-similé d’un programme de travail composé durant l’été 1975 et où, à côté des rattrapages de Lieux, figurent divers projets dont, outre ceux déjà nommés ici, Je me souviens, Lieux où j’ai dormi, L’Anacoluthe (pièce de théâtre dont existe un tapuscrit d’une cinquantaine de pages – FGP 48,9, 2, 2-51), Kafka (sans doute Wie ein Hund – voir le texte 30, n. 3), Choses communes : Notes de chevet – voir le chapeau introductif de ce texte 130. Sur le plan personnel, 1975 voit la fin de la liaison avec Barbara Keseljevic et le début de celle avec Catherine Binet, et la fin de la psychanalyse avec Jean-Bertrand Pontalis. Le bi-carré latin définissant les appariements de « réels » et de « souvenirs » de l’année 1975 ménage de nouveau, comme aux seconds semestre de 1972 et 1973/1974 des conjonctions remarquables, que Perec consigne avec des flèches sur son tableau général (reproduit dans l’introduction) : le second semestre de cette dernière année, en effet, aurait systématiquement mis face à face, le même mois, « réel » et « souvenir » d’un même lieu.

 

Notes

1 Commune du Loir-et-Cher proche de Chambord où Jacqueline de Guitaut louait une résidence secondaire et où Perec séjourna plusieurs fois (notamment ce week-end des 8 et 9 mars 1975).

2 Pour le boulevard Edgar-Quinet, voir le texte 99, n. 12. C’est bien la rue du Montparnasse qui aboutit à ce carrefour, comme Perec le confirme également en fin de texte.

3 Caractères typographiques transfert dont Perec faisait grand usage dans ses brouillons, notamment pour des essais de titres.

4 Il s’agit d’une édition d’œuvres complètes en quatre volumes datant de 1825, parue aux éditions Salmon, qui figure dans le Catalogue de la bibliothèque de Georges Perec (cote : FF 10) et qu’il utilisera pour les citations de Sterne dans La Vie mode d’emploi

5 Tamás Rényi en fait, cinéaste hongrois ami de Jacques Lederer (la famille de ce dernier étant elle-même originaire de Hongrie).

6 Voir le texte 99, n. 6 ; outre Jacques Seiler, jouaient dans cette pièce à sketches (dont certains de Dubillard) : France Darry, Marc Dudicourt, Clotilde Joano et Olivier Lebeaut (qui fut également acteur de L’Augmentation).

7 Voir le texte 12, n. 10.

8 Perec a précisé dans le texte 99 qu’elle s’appelait Madeleine.

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