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119Saint-Louis
121Gaîté

120. Italie, réel 5

décembre 1974

30 XII 74
Place d’Italie (« Café de France »1)
10 h 45

Venant de la rue Linné à pied.

Cinémas de l’avenue des Gobelins : James Bond (L’Homme au pistolet d’or), Les Bidasses s’en vont en guerre (Les Charlots), Le Retour du grand blond, Borsalino, Robin des Bois 2.

Temps magnifique. Ciel bleu sans nuages. Soleil sur ma droite à peine au-dessus de la ligne des immeubles.

Au fond (avenue de Choisy et ?) deux grands groupes d’immeubles.

Arbres effeuillés, souvent étêtés. Dessin compliqué des branches fines (japonais).

À l’arrêt du bus, publicité pour le cognac Gaston de Lagrange (dessinée par Kiraz).

Kiosque à journaux (entre la rue Bobillot et l’avenue d’Italie) portant des publicités pour Intimité et Nous Deux. À côté, partiellement masquée par [des] voitures, une colonne Morris avec [une] publicité pour Martini et, seul visible, le mot « Madeleine » (« Théâtre de la Madeleine », je suppose).

Tout à gauche, cars d’Air France (avenue de la Sœur-Rosalie).

(On détruit le café au coin de l’avenue de la Sœur-Rosalie, et qui était aussi – et surtout – l’arrêt des Cars de Bourgogne. En février, est-il dit, il s’y ouvrira une pharmacie. Quant aux cars, ils s’arrêtent désormais porte d’Italie – dit le patron à une femme venue s’enquérir.)

(On refait, ou répare, la porte de l’immeuble du 103, peut-être pour y installer une fermeture automatique ou un système de clés individuelles ?)

Entre la rue Bobillot et l’avenue d’Italie, je distingue quelques magasins : triperie-rôtisserie, « Boulangerie de la Mairie » (à l’abandon ? vitres recouvertes de blanc), boucherie chevaline, orthopédie (+ pédicure et laboratoire) pharmacie4.

Brasserie « Le Rozes » (avenue d’Italie) un peu plus tard5.

Tous les magasins énumérés il y a un instant, les autres du même pâté de maisons, y compris ce café, sont condamnés à court terme (la pharmacie, par exemple, est fermée depuis le 15.6. et il est probable que c’est elle qui se réinstalle avenue de la Sœur-Rosalie). Rue Bobillot, les travaux ont déjà commencé (opérations qu’on peut supposer analogues à celles qui se sont déroulées de l’autre côté de l’avenue d’Italie6).

Sur le trottoir, juste en face du café, une fontaine Wallace, une boîte aux lettres, deux parallélépipèdes sans doute destinés à la synchronisation des feux (terre fraîchement battue à côté et deux ouvriers avec brouette), un kiosque à journaux (fermé), pub pour Télé Poche et Modes de Paris. Sur les vitres du café, décorations (!) du réveillon (notes de musique et serpentins).

Un type est venu dans le café poser (n’importe comment d’ailleurs) une affiche (belle) de l’Institut néerlandais pour Willem Buytewech7 (1591-1624). Il demande ensuite à la caisse de mettre un tampon8 sur une feuille de papier (preuve qu’il a bien apposé son affiche). Il a quatorze tampons sur une feuille et deux sur une autre, et tout un tas d’affiches à poser. On peut supposer que l’Institut néerlandais lui paye un franc le tampon.

NOTES

1 Indication absente du texte publié.

2 Pour L’Homme au pistolet d’or et Le Retour du grand blond, voir le texte 116, n. 4 et 5 ; Les bidasses s’en vont en guerre, comédie de Claude Zidi (1974) ; Borsalino, film policier de Jacques Deray (1970) ; Robin des Bois : plusieurs films portent ce titre mais sans doute s’agit-il ici du dessin animé produit par les studios Disney en 1973.

3 Numéro absent du texte publié.

4 Var. texte publié : « une pharmacie (qui est aussi orthopédie, pédicure et laboratoire d’analyses) ».

5 Var. texte publié : « Brasserie “Le Rozes”. / Un peu plus tard, après m’être approché de ce groupe de magasins et être entré dans cette brasserie “Le Rozes” ».

6 Comme dans plusieurs autres sites de Lieux Perec témoigne des importantes transformations immobilières parisiennes du début des années soixante-dix (Montparnasse dans les « réels » de la rue de la Gaîté, la rue Vilin, etc.) ; ici, autour de la place d’Italie, il compare les travaux en cours du côté sud à ceux qu’il a déjà notés du côté nord dans le texte 117.

7 Var. texte publié : « une exposition de ».

8 Var. texte publié : « à la caissière de mettre le tampon du café ».

 

1975

1975 voit l’abandon définitif (quoique graduel) par Perec du projet de Lieux, déjà prévisible dans les nombreux retards pris aux premiers semestres de 1971 et 1972, dans la mise entre parenthèses de l’année 1973, puis dans le sauvetage de pratiquement tout 1974 en deux mois seulement à la fin de l’année. De nouveau, 1975 (qui, dans le plan général de Lieux est en fait l’année 1974 primitive) commence par de la procrastination, janvier et février étant rattrapés en mars ; l’activité reprend de juin à début septembre pour compléter les blancs du premier semestre (où demeure néanmoins celui du texte 130, sixième « réel » de Franklin qui ne sera jamais écrit) ; mais le 27 septembre, après l’écriture du texte 138, un sixième « réel » de la rue Vilin ironiquement introduit par le relevé d’une inscription murale (« travail = torture »), et alors que le second semestre demeure bien lacunaire, seuls deux textes ayant été écrits, le projet est définitivement abandonné du moins sous sa forme initiale (puisque nombreuses en seront les retombées ou réemplois) – même si, dans le texte 131, dernier « souvenir » de Franklin, la décision a été prise de continuer et même d’ajouter un treizième lieu au dispositif. Les activités de Perec, ces neuf premiers mois de 1975, sont certes nombreuses, mais cependant peut-être un peu moins que les deux années précédentes ; elles concernent essentiellement des projets cinématographiques (écriture des commentaires du Flaubert de Bernard Queysanne – voir le texte 107, n. 7 –, d’un documentaire ethnologique canadien, Ahô ! Les hommes de la forêt, et d’un volet d’une émission de télévision française réalisée par Michel Pamart et Claude Ventura, La Vie filmée des Français), radiophoniques (collaboration continuée avec le Bureau des lectures radiophoniques de l’ORTF, enregistrement d’émissions dont plusieurs entretiens dont il est l’animateur avec Maurice Nadeau ou Jean Duvignaud, Poésie ininterrompue pour France Culture), ou des voyages professionnels (colloque d’écrivains à Ljubljana en Yougoslavie, participation à l’hommage rendu à Queneau par l’Oulipo lors des Europalia de Bruxelles, lecture d’extraits de W ou le souvenir d’enfance pour la radio sarroise à Sarrebruck) ; sur le plan littéraire, Perec s’occupe de la sortie de W ou le souvenir d’enfance, commence la rédaction de La Vie mode d’emploi mais de manière encore peu intensive, et la fin de l’année sera essentiellement consacrée à l’écriture de poèmes hétérogrammatiques (ceux de La Clôture et surtout d’Alphabets) – voir après le texte fantôme 130 le fac-similé d’un programme de travail composé durant l’été 1975 et où, à côté des rattrapages de Lieux, figurent divers projets dont, outre ceux déjà nommés ici, Je me souviens, Lieux où j’ai dormi, L’Anacoluthe (pièce de théâtre dont existe un tapuscrit d’une cinquantaine de pages – FGP 48,9, 2, 2-51), Kafka (sans doute Wie ein Hund – voir le texte 30, n. 3), Choses communes : Notes de chevet – voir le chapeau introductif de ce texte 130. Sur le plan personnel, 1975 voit la fin de la liaison avec Barbara Keseljevic et le début de celle avec Catherine Binet, et la fin de la psychanalyse avec Jean-Bertrand Pontalis. Le bi-carré latin définissant les appariements de « réels » et de « souvenirs » de l’année 1975 ménage de nouveau, comme aux seconds semestre de 1972 et 1973/1974 des conjonctions remarquables, que Perec consigne avec des flèches sur son tableau général (reproduit dans l’introduction) : le second semestre de cette dernière année, en effet, aurait systématiquement mis face à face, le même mois, « réel » et « souvenir » d’un même lieu.

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