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106Saint-Honoré
108Jussieu

107. Junot, souvenir 5

juin 1974

Lieux
Junot
Souvenirs
Juin 74

Londres
« Berners Hotel1 »
30 novembre
17 h 30

Souvenirs de l’avenue Junot

L’appartement des Chavranski était au sixième étage. Il comprenait quatre pièces. La cuisine était minuscule et sombre, un boyau. Berthe faisait des bonnes pâtisseries2. La salle à manger et le salon contigu donnaient sur la banlieue nord (Saint-Ouen ?) et les deux chambres sur Paris. Le mobilier était terne. Je ne me souviens pas d’un seul meuble et assez mal des caractéristiques générales de la chambre d’Henri qui était pourtant la pièce que je connaissais le mieux : en entrant le lit était à droite (1), en face une grande armoire bibliothèque (2), puis une table (3) et enfin la fenêtre (4), en gros ceci3 :

Henri lisait beaucoup de romans et surtout des « nouveaux romans » : c’est lui qui m’a fait découvrir d’abord et avant tout Leiris mais aussi Butor, Yves Velan (Je), Saporta (Le Furet), Ollier (Le Maintien de l’ordre), Howlett (Le Théâtre des opérations), Michel Henry (Le Jeune Officier) et quelques autres. Il rachetait ces livres peu après leur parution (services de presse fourgués à des libraires d’occasion)4.

Dans la maison vivaient aussi le chansonnier Gabriello, homme obèse dont on se demandait comment il arrivait à entrer dans le petit ascenseur, et le docteur Fraenkel, ancien dadaïste, et grand ami des surréalistes. Il m’a soigné un jour en me réinjectant mon sang pour une crise brutale d’urticaire sans doute consécutive à une trop grande absorption de fraises. Il avait chez lui des tableaux de surréalistes aujourd’hui pontifiés et/ou pontifiants (Miró, peut-être Brauner) et, ce qui m’impressionna surtout, ce qui m’apparut comme une fabuleuse collection de disques (opéras en coffrets).

Dans la maison vivaient aussi, mais je ne l’ai appris que beaucoup plus tard, la femme (Emmanuelle ?) d’Yves Joly et ses parents – je ne revois plus Y[ves] J[oly] que par hasard : un de ces hasards eut précisément lieu près de l’avenue Junot, rue Cortot je crois, dans la maison et le jardin (de rêve) des Saint-SaënsIsabelle Bénabou et quelques-uns de ses collègues avaient organisé une exposition, ce qui me permit de revoir, outre Y[ves] J[oly], Sergent5.

C’était la deuxième fois (et la dernière à ce jour bien que j’aie revu deux ou trois fois Madame Saint-Saëns, par exemple au mariage de Marcenac, puis à un dîner chez un collègue de Gautier (son nom ?) – Madame Saint-Saëns travaille chez Scherrer, comme June Hirsch et comme Lucile Garma) que j’allais dans cette maison, la première ayant été pour un dîner (méchoui) avec plein de gens dont la veuve de Roger Vailland (amie de Michaud-Mailland et que je vois au « Port-Royal » où elle descend quand elle vient à Paris)6.

Je ne suis retourné avenue Junot que pour la décrire et chaque fois ça m’ennuie car c’est loin et il n’y a rien à décrire – ou alors je ne sais pas ; mais j’y suis passé (ou non loin) deux fois en allant avec Queysanne chez Pathé discuter de petits courts métrages (Le FIAP qui s’est fait en 73, un Flaubert qui se fera peut-être en 75 ou que Q[ueysanne] fera seul)7.

Graphe

On vérifie aisément sur ce schéma que le point de départ des relations, id est de celles qui sont données, se trouve dans la famille ou au lycée et que la progression se fait par des truchements professionnels ou par l’intermédiaire de groupes ou pseudo-groupes : « La Ligne Générale », « Le Moulin d’Andé »8.

 

 

 

 

 

 

NOTES

1 Voir le texte 105, n. 1.

2 Le manuscrit porte, probablement par erreur, « tapisseries ».

3 De nouveau, Perec semble s’inspirer de la pratique de Stendhal dans Vie de Henry Brulard en complétant son texte par des schémas ou des plans (voir le texte 6, n. 5).

4 Je est le premier roman d’Yves Velan (1959) ; Marc Saporta, Le Furet (1959) ; Claude Ollier, Le Maintien de l’ordre (1961) ; Jacques Howlett, Le Théâtre des opérations (1959) ; Michel Henry, Le Jeune Officier (1954).

5 Il s’agit en fait de Jacques Joly (Perec ne commet pas ce lapsus ailleurs dans Lieux) et de sa femme Emmanuelle, née Genevois (voir le texte 1, n. 9) ; pour les Saint-Saëns, voir le texte 7, n. 13 ; pour l’exposition et les retrouvailles dont il est ici question, voir le texte 79 ; pour le premier dîner chez les Saint-Saëns, voir le texte 73 (où il s’agit d’un couscous) ainsi que la n. 2 de ce texte.

6 Pour Bruno Marcenac, voir le texte 7, n. 13 ; pour le collègue d’Henry Gautier, il s’agit de Sylvestre Parot, professeur de physiologie et spécialiste notamment du vieillissement humain (dans son agenda-journal de 1974, Perec note ce dîner à la date du 7 août : « Dîner chez Parot avec H. G. etc. et Mme St-Saëns » [FGP 43, 3, 127 r°]) ; pour Jean Scherrer, voir le texte 73, n. 3 ; June Hirsch, neurophysiologue ; Lucile Garma, neuropsychiatre, spécialiste du sommeil ; ces deux dernières s’occupaient d’électroencéphalographie dans l’équipe du professeur Scherrer ; pour Jean Michaud-Mailland, voir le texte 1, n. 12. Le « Port-Royal » ici évoqué est un hôtel.

7 Perec a effectivement participé en 1973 (diffusion en 1974), par l’écriture du texte (Bernard Queysanne assurant la réalisation), au documentaire Le FIAP (Foyer international d’accueil de Paris – production Pathé, 16 mm couleur, 6 min) pour une série intitulée « Chroniques de France » que faisait réaliser le ministère des Affaires étrangères pour diffusion dans le réseau de ses ambassades et services culturels ; en 1976, dans le même contexte, il participera à Gustave Flaubert, le travail de l’écrivain (production Pathé, 16 mm couleur, 7 min) ; à propos de ces deux films, voir Cécile de Bary, « Propos amicaux. Entretien avec Bernard Queysanne », CGP 9, p. 109-112.

8 À propos de ce « graphe » (qui termine le texte), voir le texte 24, n. 14. Les relations établies dans ce schéma se lisent ainsi (en italiques les noms qui y figurent – lesquels se retrouvent à deux exceptions près dans le texte de Lieux) : à gauche : Lili (Ela Bienenfeld, la cousine de Perec) travaillait chez Alfred Denner où elle réalisait des enquêtes d’opinion ; elle avait pour collègue D[ominique] Frischer qui plus tard épousa R[oger] Kleman qui travailla lui aussi un temps chez Denner et fit partie de La Ligne Générale ; fit également partie de ce groupe B[runo] Marcenac, ami de M[ada]me Saint-Saëns, elle-même collaboratrice du neurophysiologiste Jean Scherrer ; au centre en pointillés : Suzon (Suzanne Lipinska) – exceptionnellement appelée ainsi dans Lieux où elle est dans la quasi-totalité des cas désignée par l’initiale S – est la propriétaire et animatrice du Moulin d’Andé où l’écrivain Maurice Pons résidait, dont Bruno Queysanne (frère de Bernard) était le neveu et fut proche de La Ligne Générale ; au centre : R[égis] Debray (qui fut proche lui aussi de La Ligne Générale) avait pour amie France Benoît qui était la nièce d’André Hugelin, responsable du laboratoire de neurophysiologie du CHU Saint-Antoine, qui embaucha Perec par cette médiation familiale et se trouvait être un collègue de Jean Scherrer, lui-même chercheur dans le même domaine à l’hôpital de la Salpêtrière ; à droite : Jean Duvignaud fit connaître à Perec Maurice Nadeau qui lui fit connaître à son tour Christian Bourgois, lequel se trouvait être une relation de Suzon au Moulin d’Andé ; au Moulin d’Andé Perec fit la connaissance de l’ethnologue Jean Pouillon, ami de Maurice Pons, qui lui fit rencontrer son confrère ethnologue Georges Condo[minas] qui se trouvait être lui-même le confrère de l’ethnomusicologue G[ilbert] Rouget, époux ou compagnon de Lucile Garma, faisant elle aussi partie de l’équipe de Jean Scherrer ; à l’extrême droite : par J[ean] Duvignaud, Perec connut également l’écrivain P[ascal] Lainé, qui faisait d’ailleurs partie de l’équipe fondatrice de Cause commune avec ces deux premiers, lequel possède manifestement un lien avec June Hirsch appartenant à l’équipe de Jean Scherrer (lien amical ou familial ? Dans son agenda-journal de 1974, Perec note en date du 15 mars un dîner chez Pascal et Lydia Lainé où « June Hirsch, neurophysiologue chez Scherrer », est présente [FGP 43, 3, 52 r°] ; le 24 octobre, dans le même agenda-journal, il note un dîner chez cette dernière, notamment en compagnie des Lainé).

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