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11Contrescarpe
13Assomption

14. Mabillon, souvenir 1

juillet 1969

Lieux
Mabillon
Souvenir
Un

14 juillet 1969
15 h

De Mabillon d’abord, l’impression d’avoir peu à dire ; en fait c’est surtout la date – 14 juillet – qui pourrait évoquer quelques souvenirs.

Un bal de 14 juillet, occasion d’un semi-flirt avec ma lointaine cousine Simonette1 ; il fut d’abord l’occasion d’une altercation avec mon oncle qui refusa à cette occasion de me donner quelques sous ; je venais de passer mon bac (mais je ne me souviens plus si c’était le premier ou le second) ; c’était donc en 53 ou 54. J’étais vêtu entièrement de noir (chemise et pantalon) ; de bal en bal, nous atterrîmes dans une minuscule ruelle, du côté de Mabillon précisément, où un cabaretier avait improvisé un bal en sortant son juke-box ; j’ai longtemps gardé de cette soirée, et plus particulièrement des moments passés dans cet endroit, un souvenir agréable ; plus tard, j’ai essayé de retrouver ladite ruelle, mais je ne l’ai jamais vraiment localisée ; ce doit être la rue des Canettes ou la rue des Ciseaux.

La mise au point sur ce souvenir, et l’effort pour en préciser la date, m’a obligé à un exercice que je faisais autrefois souvent, mais que je ne me souviens pas avoir fait depuis plusieurs années : sur une fiche, remettre en place l’écoulement des années et mon curriculum studiorum ; ma base de temps, invariable, est l’été 52 : je sortais de seconde (à Étampes2) et je suis allé en Israël pour deux mois. Pourquoi ce voyage sert-il de point de départ ? je n’en sais rien. L’année 52 est une année où j’ai fait beaucoup de choses, et en particulier beaucoup de voyages ; en hiver, je suis allé faire du ski en Suisse ; à Pâques, il n’est pas impossible que je sois allé en Angleterre (mais je pense à un voyage fait avec Michel : or, j’ai fait au cours de ce voyage des photos, et c’est mon oncle Léon3 qui m’a offert le seul appareil que j’aie jamais eu, en septembre 52, à la fin de mon séjour en Israël ; donc je dois me tromper d’une année) ; au début de l’été, je suis allé tous les jours au Pré-Catelan avec Esther et Marianne (peut-être était-ce Sylvia ? non, elle venait seulement de naître) et j’ai lu tout Balzac ; un peu en diagonale d’ailleurs ; tous les jours, je prenais un des volumes (ils devaient être à Bernard) et je le finissais dans l’après-midi ; de toute façon c’est une année où j’ai beaucoup lu4.

Avant mes bacs, je crois bien n’avoir jamais été au Quartier latin ; à peine ai-je écrit ceci que j’en mesure l’énormité, puisque pendant plusieurs années j’allai au moins une fois par semaine chez Mme Dolto, rue Saint-Jacques5 ; ce qui m’étonne est que je ne parvienne plus à me souvenir comment j’y allais, si je prenais l’autobus ou le métro, où je descendais ; je me souviens que j’arrivais toujours du côté de la rue de l’Abbé-de-l’Épée ; comme je venais nécessairement de la rue de l’Assomption, je pense que je devais descendre à Odéon et remonter le boulevard Saint-Michel. Quand je dis n’avoir jamais été au Quartier, je pense que je veux dire que je ne m’y suis jamais arrêté. Je me souviens (je devais être soit en seconde soit en philo) que je suis un jour allé à Paris avec Huguette et Philippe et que nous avons bu une bière ou bien au « Capoulade » ou bien au « Mahieu » – ces deux cafés étant, selon Henri6, des endroits qu’il fallait connaître, et qui sont devenus ipso facto pour moi des lieux mythiques ; où pourtant je ne me souviens pas être allé une fois devenu étudiant ; quand j’étais à Henri-IV7 je n’allais nulle part, sinon, peut-être, de temps à autre, au « Petit Cluny », sans doute parce qu’y venaient des anciens d’Étampes (Grappinet8 ?) ; l’année suivante, je suis surtout allé au « Soufflot », au « Bar du Panthéon » (sans savoir que c’était le quartier général de Le Pen, mais parce que les Tunisiens9 y étaient souvent fourrés) et au « Luxembourg » (qui venait d’ouvrir ?).

Je n’ai jamais beaucoup fréquenté les cafés de Mabillon ; je n’ai pas été plus de dix fois dans ma vie à « La Vieille Nave », café préféré de plusieurs de mes amis (mais plus tard : J[ean]-P[ierre] S[ergent], Marceline…)10 (lisant au hasard Le Vif du Sujet de Morin, l’une des deux choses que j’y ai attrapée est qu’il fréquentait itou « La Vieille Nave » ; l’autre étant sa découverte, au cours d’une réunion – une des dernières – d’Arguments 11, que tous les fondateurs, solidement encouplés à la fondation, étaient maintenant désunis).

Mabillon fut longtemps pour moi un itinéraire. Au lieu de descendre à Odéon, je descendais à Mabillon et de là marchais jusqu’au Quartier ; ou bien, revenant du Quartier, je m’arrêtais pour manger une frite à « La Petite Source »12 et continuais jusqu’à Mabillon. Parfois aussi, au lieu de prendre le métro à Charles-Michels, je marchais jusqu’à la station suivante (à côté d’un lycée) et je prenais le 75 d’où, pour deux tickets, je pouvais aller jusqu’à Duroc ; ou bien ça coûtait moins cher que le métro, ou bien ça revenait au même13.

J’ai vécu quelques nuits troublées à Mabillon, dans le studio de la rue de l’Échaudé qu’occupait auparavant une amie de S[uzanne], professeur de français à l’étranger (maintenant aux Indes ; son nom m’échappe, j’ai des trous de mémoire en ce moment) et qu’occupe actuellement Maurice14. C’était en décembre dernier ; il n’y avait pour ainsi dire pas de lumières dans le studio, la principale lampe ayant été empruntée par le patron du restaurant ; le lendemain du soir où j’ai rompu (une première fois ?) avec P[aulette], j’ai dîné dans ce restaurant avec M[arie]-N[oëlle]15 ; de retour dans le studio, seul, j’ai été pris d’un cafard assez épouvantable et j’ai appelé J[acques] L[ederer] avec qui j’ai pris quelques pots à « La Rhumerie ».

C’est à « La Rhumerie » (précisément) que P[aulette] et moi avions, quelque neuf ans auparavant, vers la mi ou fin janvier 1960, inauguré la journée qui préluda à notre vie commune16. Nous avions voulu commander deux cafés, mais la consommation de cafés est à peu près proscrite à « La Rhumerie » et je crois que nous avions commandé deux grogs. Il se trouvait que je n’avais presque pas un sou sur moi ; je l’avais dit à P[aulette] qui m’avait dit qu’elle en avait. Au moment de payer, P[aulette] alla aux toilettes et je me levai pour sortir ; elle me rejoignit presque dehors, elle, croyant que j’avais payé, et moi, croyant que c’était elle ; la découverte de notre inconsciente grivèlerie, une première frayeur passée, nous mit d’excellente humeur ; elle eut pour conséquence à plus long terme que nous ne retournâmes presque jamais (pas avant un long laps en tout cas) à ladite « Rhumerie ».

Récemment, il m’est arrivé, attendant le 86 à Saint-Germain, de marcher jusqu’à Mabillon et de boire un café au grand café récent du coin droit vers Odéon (« L’Aquarium » ??17). Un soir d’été, il y a deux (?) ans, j’y ai rencontré Carlene Polite ; un matin j’y ai bu un café avec Bruno Queysanne rencontré par hasard sortant du métro ; ce doit être la dernière fois que je l’ai vu (Bruno est maintenant le frère de Bernard, alors que pendant longtemps c’était Bernard qui était le frère de Bruno).18

Le café le plus fréquenté du coin est celui que je m’obstine à appeler « Le Diderot » à cause de la statue dudit ; son vrai nom est la, le ? « Saint-Claude » (le nom m’échappait). C’est un de ces endroits où j’ai le plus de chances de rencontrer quelqu’un de connaissance. Je me souviens y avoir vu J.-P. S19.

Dans ma géographie personnelle, Mabillon est la clé du Quartier latin, sa porte principale, ou en tout cas première, par opposition à la rue Soufflot (et ses prolongements blainvilliens20) et à la rue des Écoles (côté Monge) et ses prolongements jussio-quatrefagesques21.

Appartiennent de plein droit à Mabillon :

– « La Petite Source »,

– « Le Caméléon »

(mais pas la rue Saint-André-des-Arts tout entière qui forme un groupe à part avec le lycée [et le souvenir de Marie-Claire] et les éditions [de] l’Arche [en quelle année les inondations menacèrent-elles les caves de Voisin qu’avec Nour, Barthes, Chambure et d’autres l’on déménagea ? Le souvenir – longtemps vivace – de cette journée – l’impression d’appartenir à un Groupe – trouve son écho dans le texte de Barthes sur les inondations – « les Parisiens ont eu leur fête… » – dans Mythologies22].)

– Les magasins de machines à écrire et meubles de bureau souvent convoités.

La rue de Tournon appartient à une autre constellation (l’année 57, le retour de Yougoslavie, Slim et ses copains23) ; le restaurant « Les Charpentiers » n’est pas lié non plus à Mabillon (pas plus que « La Petite Chaise ») ; pourraient y être liés : « Le Procope » (j’ai dû y aller trois fois), « Le Petit Zinc » (deux fois).

J’aurais bien aimé aller à la Pizza « Il Teatro » ; quand la chose est devenue possible, il y avait longtemps qu’elle ne me tentait déjà plus.

Ladite pizza avait pour voisin un hôtel dont un ami d’Henri Peretz, à peu près fou, dont le nom m’échappait il y a un instant mais m’est miraculeusement revenu, Verley (nom d’un acteur du TNP), rencontré un soir au sortir du film de Bresson Pickpocket 24 (revu plusieurs années plus tard, un dimanche soir ici – Moulin d’Andé), fut pendant quelques jours ou semaines gardien de nuit.

La « Librairie polonaise » fait partie de Mabillon ; elle n’a aucun intérêt.

Le café « La Pergola » : j’y suis allé une fois ; je ne suis même pas sûr d’y être resté ; il y avait une boîte de nuit à côté, mais je n’y suis jamais entré.

Je garde un souvenir plus net de cette longue vitrine, où voisinent des livres techniques, des prospectus pour le gaz et l’électricité (je confonds peut-être avec la rue de Rennes), et d’éditions semi-luxueuses de l’Imprimerie nationale, le long de cette rue qui, partant du métro Mabillon, aboutit au carrefour Croix-Rouge25.

Le carrefour Croix-Rouge ne fait pas entièrement partie de Mabillon, mais y est lié. Il se signale à mon attention par deux faits :

a)

Longtemps, il y eut, au début de la rue de Grenelle, le siège du Club du Meilleur Livre dont je fus un fan plusieurs années ­durant.

b)

Le café modernisé ou créé vers 55 offrait des huîtres à un prix sans doute concurrentiel puisque J[acques], P[aulette] et moi y vînmes plusieurs fois (généralement dans l’après-midi).

C’est en faisant de la paléographie en 55-56 que j’appris que Mabillon était Mabillon26. Je crois même avoir consulté ses dictionnaires.

NOTES

1 Simone Kaplan, née Arnold, fille de Gisèle Arnold, née Bienenfeld, sœur de David Bienenfeld, celui que Perec appelle « mon oncle » à la ligne suivante. Elle était l’aînée de Perec de deux ans et vivait aux États-Unis mais venait assez régulièrement passer des vacances en France.

2 Suite à sa fugue de 1948 (ou 1947 voire 1949 – voir infra, n. 5), Esther et David Bienenfeld s’adressent, sur les conseils de leur fille Ela, au service de psychopédagogie du centre Claude-Bernard, installé dans le lycée du même nom, et Georges est alors confié à Françoise Dolto. C’est sur les conseils de cette dernière que Perec est inscrit comme interne au collège Geoffroy-Saint-Hilaire d’Étampes pour y redoubler sa quatrième (il y restera jusqu’à la fin de sa seconde pour faire ensuite sa première au lycée Claude-Bernard et revenir finalement à Étampes pour sa classe de philosophie).

3 Léon (ou Lejzor) Peretz, oncle paternel de Perec.

4 Sur ces événements de l’année 1952, voir David Bellos, GPUVDLM, chap. 11 (« Le vaste monde, 1948-1952 ») ; sur l’épisode du 14 juillet (que le biographe situe en 1955), ibid., p. 155.

5 Il s’agit de Françoise Dolto, alors jeune psychanalyste, avec qui Perec fit une psychothérapie probablement à la suite de sa fugue (qu’il est difficile de dater, en mai 1947, 1948 ou 1949 – bien que Perec lui-même la situe le 11 mai 1947 dans « Les lieux d’une fugue » [dans JSN, p. 23] ; voir aussi le texte 53).

6 Il peut s’agir d’Henri Chavranski si l’on considère l’époque lycéenne dont parle ici Perec, ou d’Henri Peretz si l’on considère que la parenthèse commençant avec un tiret (« – ces deux cafés étant… ») désigne une période postérieure et une coïncidence. Henri Peretz fut membre de La Ligne Générale et ami de Perec, que ce dernier considérait comme un « cousin éloigné » bien que la relation généalogique entre eux ne soit rien moins que sûre. Il co-rédigea avec Perec et Kleman l’article « La perpétuelle reconquête », signé « L.G. » et consacré au film d’Alain Resnais Hiroshima mon amour (repris dans LG, p. 141-164), et prit la défense des Choses dans Les Temps modernes contre un article très critique d’Annie Leclerc (« Les Choses (suite) », Les Temps modernes, n° XXI, décembre 1965, p. 1138-1139). Henri Peretz confirme qu’il connaissait bien ces cafés (situés au coin de la rue Soufflot et du boulevard Saint-Michel), en pensait la même chose que ce Henri de Lieux et a fort bien pu les recommander en ces termes à Perec. Dans le Je me souviens n° 90, Perec les évoque tous deux (JMS, p. 813).

7 En 1954-1955, en classe de Lettres supérieures (hypokhâgne).

8 Condisciple de Perec en classe de philosophie au lycée d’Étampes.

9 Les amis tunisiens que Perec s’est faits en classe de philosophie au lycée d’Étampes, notamment Noureddine Mechri et Amor Fezzani.

10 Jean-Pierre Sergent, membre de La Ligne Générale, qui fut acteur dans le film de Jean Rouch Chronique d’un été (1961) et devint ensuite journaliste (il dirigea notamment Ça m’intéresse, titre pour lequel Perec conçut des jeux avec Jacques Bens – réunis sous le titre Jeux intéressants, Zulma, 2008). « La Vieille Nave » était le surnom donné au café « The Old Navy », sa véritable enseigne.

11 Revue fondée en 1956 par des intellectuels de gauche (Edgar Morin, Roland Barthes, Jean Duvignaud notamment) et qui parut jusqu’en 1962 ; Perec assista à de nombreux comités de rédaction de la revue (il y fut amené par Duvignaud qui avait été son professeur de philosophie à Étampes) mais n’y publia aucun article ; le 10 janvier 1959, lors de l’un de ces comités, qui fut enregistré, il raconta son expérience du saut en parachute (« Le saut en parachute », publié dans JSN, p. 33-45 ; l’enregistrement est conservé à l’IMEC, Caen).

12 Voir le texte 12, n. 1.

13 Il s’agit dans ce paragraphe d’évoquer Mabillon comme un « itinéraire », c’est-à-dire d’évoquer des manières d’aller vers le quartier de la station Mabillon (ou d’en revenir), fussent-elles comme ici apparemment peu orthodoxes. Le départ de Charles-Michels, situé dans le quinzième arrondissement, sur la ligne 10 du métro (tout comme Duroc et Mabillon), peut sembler logique au départ de la rue de l’Assomption : itinéraire en presque ligne droite passant par la rue de Boulainvilliers, le pont de Grenelle et la rue Linois (voir le texte 17 qui semble d’ailleurs poser cette station comme une manière courante, pour Perec, de gagner le centre de Paris depuis la rue de l’Assomption, ainsi que le texte 41 où il revient sur cet itinéraire). L’itinéraire « bis » est en revanche plus surprenant : certes, à l’arrivée du trajet perecquien, Duroc peut ne pas sembler trop éloigné de Mabillon ; d’où le choix de prendre le bus 75 (sur son ancien itinéraire) à la station de bus suivant à l’époque Charles-Michels à proximité du lycée Camille-Sée. Mais si l’hypothèse financière apportée par Perec peut paraître acceptable, la seconde ne convainc guère car l’allongement de trajet en amont (de Charles-Michels à Camille-Sée) et en aval (de Duroc à Mabillon) est malgré tout important. C’est donc surtout l’itinéraire de remplacement d’un « piéton de Paris », manifestement habitué à arpenter la capitale ou ne craignant pas de marcher. Cet itinéraire par Charles-Michels est celui emprunté dans le premier texte littéraire de Perec qui ait été conservé, « Les Barques », comme il le confie dans le texte 17 ; en outre, dans un document de travail listant les Lieux et leurs extensions, Perec note : « Assomption Charles-Michels » (FGP 57, 2, 9).

14 Suzanne Lipinska possédait ce studio de la rue de l’Échaudé ; Maurice : Maurice Pons, écrivain qui résidait pour l’essentiel au Moulin d’Andé dont il fut, avec Suzanne Lipinska, le principal animateur (c’est+J15 lui qui invita Perec à venir découvrir l’endroit en 1965). Comme quelques autres pensionnaires du lieu, il contribua à La Disparition avec un résumé lipogrammatique de son propre roman, Rosa (1967) – voir Œ1, p. 461-463. L’« amie de S[uzanne] » : personne non identifiée. Un peu plus tard, Perec louera à Suzanne pendant un an le studio de la rue de l’Échaudé pour sa filleule Sylvia et son ami Philippe Ourcival.

15 Dans son agenda de 1968, Perec note qu’il passe la nuit rue de l’Échaudé les 18, 19 et 23 décembre ; le jeudi 19, il note aussi : « dîner P[aulette] (pizza) » et « Séparation ! » ; le lendemain soir (vendredi 20), il note qu’il est au Moulin d’Andé ; et ce n’est que le lundi 23 qu’il consigne : « Échaudé. Dîner M.-N. » (FGP 26, 74 v°, 75 r°, 75 v°). Dans les textes 69 et 91, il précise les initiales : « M.-N. T. » (ainsi que le nom du restaurant : « L’Écritoire ») et, dans le texte 113, le prénom : « Marie-Noëlle » : il s’agit donc très vraisemblablement de Marie-Noëlle Thibault (universitaire – professeur d’histoire – et auteur de romans policiers sous le pseudonyme de Dominique Manotti ; amie des Perec depuis les années soixante, elle fut la compagne de Jean Crubellier, membre de La Ligne Générale). Ce restaurateur était le sculpteur argentin Alberto Carlisky, un habitué du Moulin d’Andé (dans le parc duquel se trouvent certaines de ses œuvres), et qui aimait faire la cuisine, au Moulin comme dans ce restaurant argentin de la rue de l’Échaudé, situé au rez-de-chaussée de l’immeuble où Suzanne Lipinska possédait un petit logement.

16 David Bellos (qui a pu tenir cette précision de Paulette Perec avec qui il avait été en relation au début de son travail) situe cette soirée en décembre 1959 (GPUVDLM, p. 240).

17 Il s’agit en fait de « L’Atrium ». Perec se méprend plusieurs fois dans Lieux sur le nom de ce café ; dans les « réels » 1 et 3 de Mabillon (textes 2 et 60), qu’il écrit dans ce café, il l’appelle bien par son vrai nom, mais dans le quatrième (texte 90), alors qu’il s’y trouve, il remarque qu’il l’appelle « L’Aquarium », puis curieusement, au texte 116 (dernier « réel » de la série), l’endroit est nommé « L’Aérium » dans le manuscrit et demeure tel dans le texte publié, simplement accompagné d’un « sic », comme si Perec avait tenu à son lapsus. Dans le troisième « souvenir » (texte 69), il l’appelle comme ici « L’Aquarium » tout en ayant également conscience de son erreur.

18 Carlene Hatcher Polite : danseuse puis auteure et universitaire noire américaine qui vécut dans les années soixante à Paris où son premier roman fut publié (Les Flagellants, 1966). Bruno Queysanne (philosophe, sociologue, particulièrement intéressé par l’architecture) fut proche de La Ligne Générale ; son frère Bernard, cinéaste, réalisa avec Perec l’adaptation cinématographique d’Un homme qui dort en 1974 ; Perec écrivit également pour lui les textes de courts métrages de commande : Le FIAP (1972), Gustave Flaubert. Le travail de l’écrivain (1974), et d’un film : L’Œil de l’autre (1974) ; sur Perec, il a réalisé Propos amicaux à propos d’« Espèces d’espaces » et Lire/traduire Georges Perec (tous deux en 1999 pour une soirée de la chaîne Arte consacrée à Perec). Les frères Queysanne étaient les neveux de Maurice Pons et c’est à Andé (où le cinéma était à l’honneur) que Perec fit la connaissance de Bernard en 1968. Voir Cécile de Bary, « Propos amicaux. Entretien avec Bernard Queysanne », CGP 9, p. 108-126.

19 Probablement Jean-Pierre Sergent (voir supra, n. 10).

20 Liés à la rue Blainville, où demeuraient les amis tunisiens de Perec.

21 Liés au quartier de Jussieu et à la rue de Quatrefages où vécurent Georges et Paulette Perec (voir le texte 1).

22 Robert Voisin avait fondé les éditions de l’Arche en 1949, qui devinrent bientôt spécialisées dans le théâtre contemporain, et publiait également la revue Théâtre populaire dont le siège se trouvait précisément rue Saint-André-des-Arts. L’opération de sauvetage mentionnée par Perec eut probablement lieu à l’occasion des inondations de janvier 1955 qui furent de grande ampleur. Perec, alors en classe d’hypokhâgne au lycée Henri-IV, s’intéresse au théâtre (probablement sous l’influence de Jean Duvignaud qui, avec Barthes et Dort notamment, écrit dans Théâtre populaire qui accompagne alors le début du brechtisme en France) – voir sur ce point David Bellos, GPUVDLM, p. 161-162. Chambure : Guy de Chambure, metteur en scène, ami de Barthes et de Dort. Le texte de Roland Barthes auquel Perec fait ici allusion s’intitule « Paris n’a pas été inondé » (il se trouve dans Mythologies [1957], livre qui eut beaucoup d’influence sur Perec, notamment sensible dans Les Choses – et Perec écrivit en quelque sorte ses propres « mythologies » dans une série intitulée L’Esprit des choses publiée dans l’hebdomadaire Arts, Loisirs d’octobre 1966 à mars 1967 – repris dans ECTRI, p. 817-854). La phrase « les Parisiens ont eu leur fête… », qui semble une citation, n’est pas dans le texte de Barthes, mais en résume assez bien l’esprit : « Malgré les embarras ou les malheurs qu’elle a pu apporter à des milliers de Français, l’inondation de janvier 1955 a participé de la Fête, plus que de la catastrophe » (incipit de l’article). Sur les relations entre Perec et Barthes, voir Mireille Ribière, « Georges Perec, Roland Barthes : l’élève et le maître », dans Mireille Ribière et Éric Beaumatin, dir., De Perec etc., derechef (« Mélanges offerts à Bernard Magné »), Nantes, Joseph K., 2005, p. 338-353.

23 Voir le texte 5. Slim est présenté par David Bellos comme « un grand Nigérian », qui fréquentait le café « Le Tournon » à la même époque que Perec et avec lequel ce dernier sympathisa (GPUVDLM, p. 200). Jacques Lederer déclare quant à lui, dans une évocation du café « Le Tournon » : « On est venu tellement de fois ici, ainsi qu’au “Bar du Pont-Royal”, qui n’existe plus, malheureusement : ça me fait quelque chose à chaque fois. Il a été mon plus grand ami, mon frère de sang. Ça ravive et ranime un tas de souvenirs : nos conversations avec Žarko Vidović, qui est devenu Branko dans L’Attentat de Sarajevo, quelqu’un de très cultivé… Un black qui s’appelait Slim qui venait ici, un grand ami de Georges » (« Il a été mon plus grand ami, mon frère de sang », L’Herne, Georges Perec, 2016, p. 198). Pour le « Bar du Pont-Royal », voir le texte 19, n. 2.

24 Henri Peretz : voir supra, n. 6. Christian Verley (ami de classes préparatoires d’Henri Peretz) ; il avait le même nom que Bernard Verley qui fut effectivement acteur du TNP (lui-même frère d’un autre acteur, Renaud Verley). Pickpocket, film de 1959.

25 Il s’agit de la rue du Four qui mène effectivement au carrefour de la Croix-Rouge, désormais place Michel-Debré.

26 En 1955-1956, au sortir d’hypokhâgne, Perec fait sans grande conviction des études d’histoire à la Sorbonne dont il ne garde que le souvenir d’une classe de paléographie, c’est-à-dire de déchiffrement des manuscrits anciens, et, dans ce cadre, d’un texte, dont il cite souvent le début, par exemple au chapitre lxxxviii de La Vie mode d’emploi : « Connue chose soit à tous ceuz qui ces lettres varront et oiront que li ceuz de Menoalville doit à ceuz di Leglise Dauteri trois sols de tolois à randre chascun an a dict. terme… » (voir aussi « À propos des Choses », conférence prononcée à l’université d’Adélaïde le 1er octobre 1981, dans ECTRI, p. 626). Il s’agit d’un extrait de contrat de location cité dans De re diplomatica (1681) de Dom Mabillon (traité dans lequel est créée la « diplomatique », ou science de l’étude des documents écrits). Voir le texte 69 où Perec cite ce passage de mémoire, avec des modifications, et après ce texte 69 la reproduction en fac-similé de ce document que Perec conservait dans ses papiers.

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