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92Vilin
94Italie

93. Vilin, souvenir 4

novembre 1972

2 décembre 1972
Vers 11 h 30
Au début d’une expérience
d’audition intégrale du
Ring (3e face)

Souvenirs de la rue Vilin

Au n° 1 vivaient les parents de ma mère. Je ne me souviens plus à quel étage. Je ne me souviens pas davantage de leur appartement, ni d’eux-mêmes, ni de leurs enfants (à l’exception de ma mère dont j’ai des photos à défaut de souvenirs plus précis). Je ne sais même pas exactement combien ils avaient d’enfants ; au moins deux filles : Cyrla ma mère et sa jeune sœur que je crois que l’on appelait Lili (comme Ela) et sans doute deux garçons plus âgés (peut-être sont-ils dans la région lyonnaise ou à Lyon, peut-être fourreurs, ou alors, j’invente tout)1.

2.12.72
Vers 12 h 12
Au début d’une expérience
d’audition intégrale du Ring
(face 4)

Souvenirs de la rue Vilin

En ce qui concerne mes parents, mes grands-parents et moi-même, j’ai longtemps cru que nous habitions au n° 7, sans doute à cause des propriétés magiques habituellement associées à ce chiffre.

(Les Nibelungen frappent sur leurs enclumes.)

C’est seulement lorsque j’ai commencé ces Lieux que je me suis rendu compte que nous vivions au n° 24.

Il y a longtemps, je suis allé rue Vilin avec P[aulette] et les Getzler2. Je crois qu’à cette époque (vers 62 ?), je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de n° 7, mais je ne sais si j’ai reconnu le n° 24 comme ayant été ma maison, en dépit de la vieille inscription encore clairement lisible de « coiffure pour dames ».

En tout cas c’est seulement récemment, et dans les années mêmes où toute vie va disparaître de cette rue, que j’ai commencé à identifier cette maison – même si je ne sais pas à quel étage (rez-de-chaussée) j’habitais et dans quelles conditions. Combien avions-nous de pièces ? Nous devions être cinq : mon grand-père, ma grand-mère Rose, mon père Isie et ma mère Cyrla et moi Georges3. Avions-nous deux pièces ? Dormais-je dans la chambre de mes parents ?

Deux décembre mil neuf cent soixante-douze
Vers 14 heures
À la fin du premier quart d’une expérience d’audition intégrale du Ring (8e face : début de la 3e scène – Siegmund et Sieglinde – de La Walkyrie)

Souvenirs de la rue Vilin

Peut-être n’y a-t-il pas de souvenirs ? même pas rafistolés ? Rien qui rattache à une histoire réelle, vécue : tout a été obnubilé.

 

2 XII 72
Vers 15 h
Au début du deuxième acte de La Walkyrie (scène 3 : grande explication entre Wotan et Brunehilde faisant suite à la grande explication
entre Wotan et Fricka) (11e face)

Souvenirs de la rue Vilin

Ai-je vraiment appris à lire dans des journaux yiddish la lettre [voir fac-similé d’un détail ci-après] : quelque chose comme « gimmel » ?

Toute ma famille m’aurait entouré, admirative.

[Texte dactylographié]

6 décembre 1972
Avenue de Ségur
Vers 18 heures

Souvenirs de la rue Vilin (suite)

La tentative d’audition intégrale de la Tétralogie s’est achevée sur un semi-échec : nous avons été obligés de l’interrompre après la Walkyrie, en nous rendant compte qu’il nous avait fallu sept heures pour écouter les seize premières faces. Il était alors 17 h 30 et nous avions encore à écouter vingt faces de Siegfried et du Crépuscule. De toute façon, je ne crois pas que nous aurions tenu le coup.

As for the rue Vilin ? J’en reste aux trois trop courts passages écrits pendant cette audition : la rue Vilin me semble si loin et je vis actuellement avec l’impression que je ne m’en rapprocherai plus jamais (m’en suis-je déjà approché, même ?).

 

Première page du manuscrit du texte 93.

Deuxième page du manuscrit du texte 93.

Troisième page du manuscrit du texte 93.

Quatrième page du manuscrit du texte 93.

Photo prise par C. Lipinska à l’occasion de l’audition du Ring de Wagner et de l’écriture du texte 93.

NOTES

1 La famille maternelle de Perec, les Szulevicz, est effectivement mal connue : le grand-père de Perec, Aron, la grand-mère, Laja, les deux filles, Cyrla (la mère de Perec, appelée Cécile) et Fanny (plus jeune), ainsi, sans doute, que trois (et non deux) garcons dont on ne sait rien.

2 Voir le texte 15.

3 Il s’agit ici des grands-parents paternels de Perec, Rose et David Peretz (qui eurent trois enfants : Esther – qui épousera David Bienenfeld –, Lejzor, appelé Léon, et Icek, appelé Isie ou André, le père de Perec).

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