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85Saint-Louis
87Choiseul

86. Choiseul, réel 4

juillet 1972

13.7.72
11 h

De l’avenue de l’Assomption1 par le 39

Descendu à Sainte-Anne-Petits-Champs2 (ayant once more oublié où commence le passage Choiseul). Dans la rue des Petits-Champs ? Oui !

« Le Royal Sologne » (G)

« Sexashop » (D)

« Julie modiste » (G)

« La Chemise de France » (Dr)

« Barlett » (Dr)

And…

Quelques minutes plus tard à la terrasse d’un café rue Monsigny.

À peine ai-je commencé à dénombrer les magasins que quelqu’un comme la concierge ou gardienne du passage est venue me demander ce que j’écrivais, pourquoi je notais les numéros, tout en essayant de lire ce que j’avais écrit et ne cessant de répéter : « C’est interdit, c’est interdit, c’est privé ici. » J’essaye, évidemment en vain, de lui expliquer d’abord que je ne fais rien de répréhensible, puis que je décris ce passage régulièrement depuis cinq ans (j’exagère). Elle me demande :

– Pourquoi ?

– Je suis écrivain.

Cela me gêne, évidemment, mais elle, encore plus :

– Vous devez demander la permission à l’administrateur, en bas (« en bas » voulant dire l’autre bout du passage).

Beaucoup de gens se retournent, regardent, écoutent. Forte d’on ne sait quel bon droit, la gardienne continue d’expliquer l’affaire à des gens qui, manifestement, sont de son avis.

J’en tremble, mis hors de moi par toute cette crétinerie. Je sors par la sortie de la rue Dalayrac, ayant à peine regardé 3 vitrines.

À « Cactus Bazar »3, un service de cristal exécuté par Lalique en 1915 pour Bao Dai4 (il manque des verres) : 3 500 francs.

À plusieurs reprises, j’ai remarqué la méfiance des riverains, particulièrement dans ce passage. On ne me demande jamais de comptes lorsque je suis dans un café, mais souvent lorsque je longe une rue ; parfois, on me prend pour un officiel chargé d’organiser les expulsions (rue Vilin)5. Ici, sans doute, pour un espion !

Elle avait une blouse bleue, des lunettes et une tête petite et mince. J’étais évidemment très désarmé en face d’elle et mon comportement a dû lui donner raison : j’ai d’abord protesté que je ne faisais rien de mal, puis suis parti, comme si j’avais été démasqué. Le plus cocasse est qu’elle a essayé de m’arracher mon carnet en voyant que je continuais à écrire (j’ai eu envie d’aller voir « l’administrateur » et le cas échéant : la police, le maire de la ville, les députés et les présidents). Mais même si ça risquait d’être drôle, ça ne m’aurait pas avancé : c’est interdit, c’est privé.

NOTES

1 Il s’agit bien sûr de la rue et non de l’avenue de l’Assomption.

2 Il s’agit d’une station de bus située rue Sainte-Anne mais non loin de son croisement avec la rue des Petits-Champs.

3 Voir le texte 9, n. 7.

4 Bảo Đại fut le dernier empereur du Vietnam.

5 Voir le texte 36.

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